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Organisation générale de l'oeuvre du poète

Bonjour, Monsieur Barberet. Arrivez-vous enfin au bout de ce travail de relecture et de fignolage des quatre premiers livres de votre premier recueil de fables?

Oui, je commce à voir le bout du tunnel. J'ai retravaillé au début de l'été mon long poème Les pouvoirs d'Orphée, et ce poème est devenu aujourd'hui trop long pour être inclus dans la première partie de mon recueil, et plus spécifiquement dans le livre 4 consacré à la ville de Paris. Il sera probablement inclus dans la deuxième partie de mon recueil qui sera publiée au début de l'année prochaine. J'ai retravaillé ensuite La coquille de noix, autre pièce de choix, qui n'est pas encore tout à fait finie elle non plus, et qui a grossi également. Je donne les derniers coups de lime, ce qui me donne l'impression d'être un premier ministre opérant des arbitrages à Matignon! 

Quand vous dîtes au mois de mai dernier qu'ils ne furent pas écrits avec votre âme, qu'entendiez-vous par là?

J'écris en effet deux sortes de poésie: mes fables et mes poèmes qui forment un tout esthétique homogène tout en privilégiant la diversité des formes poétiques employées, mais aussi des poèmes en prose. Disons que quand je travaille à mes fables et à mes poèmes en vers (mais aussi en prose), j'écris une poésie qui renoue avec La Fontaine et Boileau, et qui peut être lue et comprise par tout le monde, une poésie universelle privilégiant clairement la clarté et le sens. En revanche, quand j'écris mes poèmes en prose, non inclus dans mes recueils de fables, je m'inscris plutôt dans la tradition de la poésie du dix-neuvième siècle, je pense notamment à Aloysius Bertrand et aux Illuminations de Rimbaud, mais aussi à Baudelaire et à Maurice de Guérin. En fait, sans que cela soit très volontaire de ma part, cette poésie rappelle aussi le Canzoniere de Pétrarque, bien qu'étant écrite en prose. Au lieu d'être confronté à une femme aimée qui se dérobe et qui se montre froide, le poète est confronté à un pays aimé qui ouvre généreusement ses bras, pays auquel sa poésie donne une voix. Quand je travaille à cette poésie, je ne pense pas à mon lecteur, je ne pense qu'à moi, qu'à mon plaisir, et qu'à réaliser la peinture d'un monde réel et enchanté, celui où évolueront clairement les acteurs de mes fables, notamment ceux de mon deuxième recueil de fables. Ce recueil de poésie en prose aura d'ailleurs pour titre Les ravissements. Cela dit, d'autres passerelles existent entre ces deux différents exercices poétiques: par exemple,mes Sonnets du Gour de Conche, qui seront inclus dans mon deuxième recueil de fables, sont une version versifiée de mes poèmes en prose. Ceci ne veut pas dire que je cultive l'obscurité dans ma poésie en prose, et la clarté dans mon recueil de fables. Mes poèmes en prose ne sont pas obscurs, mais plus que mes fables, ils s'attachent à exprimer l'âme et la chair d'un territoire précis, d'un paysage et de la nature. La phrase y est plus poétique si vous voulez, au sens que l'on donne au mot poésie quand on veut parler d'alchimie verbale, au détriment du sens et des idées exprimées. Mon âme et ma sensibilité profonde y sont plus présentes que dans mes fables, où le travail et le contrôle de la raison sont beaucoup plus actifs. Je me dirige vers une oeuvre poétique qui s'organisera de la manière suivante: trois recueils de fables, et trois recueils de poèmes en prose. Mes poèmes en prose seront divisés en trois recueils scandant les trois grands âges de la vie: un recueil Jeunesse, un recueil Maturité, et un recueil Vieillesse, qui contiendra tous les poèmes en prose que j'écrirai après 63 ans. Je n'ai bien sûr aucune idée précise de quoi ce recueil Vieillesse sera fait. J'espère en tout cas que la vieillesse ne me laissera pas à sec. Le recueil Jeunesse est terminé. J'ai attaqué le recueil Maturité, et j'ai encore 22 années devant moi pour l'écrire. Contrairement au recueil Jeunesse qui respecte simplement la chronologie d'écriture des différents poèmes, ce recueil Maturité donnera lieu à une organisation interne plus sophistiquée et introduira de manière physique le personnage mythologique grec dans la nature française et franc-comtoise. Je pense à Endymion, mais aussi à Cullotthée, le personnage mythologique de mon invention que le lecteur pourra découvrir dans la deuxième partie de mon premier recueil de fables.  

L'écriture de quelle poésie vous donne le plus de satisfaction?

C'est difficile à dire. On peut considérer qu'avec mes poèmes en prose, je cultive une forme de jardin secret. Je ne suis pas pressé de les publier et j'y travaille en fait assez peu actuellement, mais tout cela changera une fois ce premier recueil de fables terminé. Le fignolage de ce premier recueil de fables occupe en effet actuellement toute mon attention. J'essaie de ne pas me disperser. Une fois de temps en temps seulement, j'écris un poème en prose, un sonnet, ou une lettre du rouge-gorge amoureux à sa biche, car j'ai oublié de mentionner mon recueil de poésie épistolaire et élégiaque. L'écriture des fables est plus difficile, car à la contrainte de la forme, s'ajoute la contrainte de la morale. J'éprouve un sentiment plus grand de liberté quand j'écris un poème en prose, un sonnet ou une lettre du rouge-gorge. L'écriture des fables me fait flirter avec la satire, et m'oblige à plus de censure au final. Je dois être piquant, donner une résonnance contemporaine, tout en restant intemporal et universel, ce qui n'est pas facile. Rénover la fable et le recueil de fables est une expérience poétique exaltante, mais harassante, qui satisfait surtout les besoins de la raison et de l'intelligence. Mon âme n'y trouve pas son compte. Et dans ce genre d'entreprise, le travail des Muses consiste essentiellement à saboter ou à raboter les passages trop satiriques ou impudiques. Bref, vous l'aurez compris, avec la fable, je satisfais la raison et l'esprit, avec ma poésie en prose, je satisfais l'âme et la sensibilité. Et des passerelles relient ces deux expériences: outre le fait que les personnages de mes fables évoluent dans les lieux évoqués, invoqués dans ma poésie en prose, la sensibilité n'est pas complètement absente du travail d'écriture de mes fables et poèmes, et la raison s'invite aussi dans l'écriture de ma poésie en prose. Ces deux écritures poétiques différentes se complètent. Cependant, il est clair qu'une fois ce premier recueil de fables terminé, je donnerai satisfaction en priorité à mon âme et à ma sensibilité, qui piaillent d'impatience, je ne vous le cache pas. Mon recueil de textes en prose, organisant le choeur et la ronde de plusieurs genres littéraires, ma poésie en prose, et mes Sonnets du gour de Conche retiendront toute mon attention. Après quoi, je terminerai mon deuxième recueil de fables, celui instaurant une unité de temps, de lieu et d'action dans la vallée du Lison, dans le Doubs.