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Le jeu de l'oie 2

Le tome 1 des Fables du lavoir, est-il bientôt fini?

Oui, Delphine, j'arrive au bout, j'ai pris un peu de retard par rapport au calendrier prévu en décembre dernier, mais il est bientôt terminé, il ne me reste plus que deux pièces à terminer, et je pourrai le publier avant de me lancer dans la finition du tome 2. J'ai relu encore plusieurs fois mes fables cet hiver et ce printemps, j'ai dû batailler avec quelques passages et quelques vers qui ne me satisfaisaient pas, j'ai été distrait par d'autres poèmes, et j'ai finalement décidé d'inclure dans le livre parisien quatre fables que je n'avais pas prévu d'inclure en décembre.  

Quelles sont ces quatre fables?

Ces quatre fables sont Les trois baudets, L'âne et le paon, Le singe et le renard, et Le blaireau et les cochons. Comme j'arrive au bout de l'écriture de ce tome 1, je commence à m'intéresser à la suite, soit à la composition et à la finition du tome 2, et en consultant le livre 5, soit le premier livre du tome 2, je suis tombé sur une fable de Marie de France, Le blaireau et les cochons, fable qui me semble plutôt faite pour le livre parisien puisqu'il est possible de situer son action dans le bois de Vincennes. Pareillement, en relisant les fables de Babrius, qui sont des reprises des fables d'Esope, je suis tombé sur la fable du Singe et du Renard dont l'action se déroule dans un cimetière. J'ai donc écrit ma version personnelle et moderne de cette fable ancienne en faisant dialoguer le singe et le renard dans le cimetière du Montparnasse. Il existe dans le corpus ésopique deux fables du Singe et du Renard: celle que l'on connaît grâce à La Fontaine sous le titre Le renard, le singe et les animaux, et qui montre un singe élu roi, et cette autre fable que La Fontaine n'a pas traitée, dont l'action se déroule devant des tombeaux et qui met en scène un singe se vantant d'une illustre lignée imaginaire. Or, vous vous souvenez sûrement, Delphine, de ce que je vous ai dit en décembre dernier au sujet des cimetières parisiens: qu'il serait bon que l'action de l'une de mes fables se déroule dans un cimetière parisien. J'ai donc jugé bon d'écrire cette fable avant la parution du tome 1. Je pense que ce tome 1 et ce livre 4 du tome 1 sont meilleurs et plus complets avec l'inclusion de ces quatre fables.   

L'âne et le paon et Les trois baudets sont en revanche deux fables originales de votre invention?

Oui. Je vous ai parlé en décembre dernier du vivier que constituaient les fables modernes écrites par les auteurs et fabulistes du dix-huitième siècle et du dix-neuvième siècle. Ce premier recueil de fables constituera néanmoins un mélange, un panaché de fables anciennes et de fables originales dont je suis l'inventeur. Pour l'instant, je délaisse complètement le corpus moderne, je m'en tiens seulement à la réécriture de fables anciennes, en privilégiant notamment les fables non traitées par La Fontaine afin que l'ensemble du corpus ancien soit couvert, et en privilégiant les fables de mon invention. Je pense que je commencerai à m'intéresser sérieusement au corpus moderne lors de la composition du recueil 2 qui occupera probablement ma cinquantaine. La matière à brasser est déjà énorme rien qu'en s'en tenant au seul corpus ancien et aux seuls produits de mon imagination. Mais j'espère un jour réécrire quelques fables modernes, notamment quelques fables de Gotthold Lessing en vers. Lessing n'aimait pas beaucoup La Fontaine, mais rêvait de voir ses fables en prose récrites en vers par quelque poète. La chose a déjà été faite d'ailleurs, mais dans une traduction en vers alexandrin, pas en vers libre. J'ai envie de faire plaisir à Lessing comme Socrate et La Fontaine firent plaisir à Esope. Par corpus moderne, j'entends les successeurs français et européens de La Fontaine; par corpus ancien, j'entends tous les auteurs qui précèdent La Fontaine: Esope, Babrius, Phèdre, Marie de France...     

On imagine assez bien comment vous procédez lorsqu'il s'agit de réécrire et de rafraîchir une fable ancienne, mais dites-nous en quand même un peu plus!

La Fontaine nous a dit par écrit qu'il a choisi et récrit les fables anciennes qui lui semblaient être les meilleures. Je pense que sur ce point, il aurait été plus juste de sa part d'ajouter qu'il a choisi aussi celles qui lui plaisaient, celles qu'il trouvait à son goût, celles qui l'inspiraient et qu'il avait envie d'écrire. C'est vrai que de prime abord certaines fables d'Esope sont vraiment très courtes et peuvent ressembler à des ébauches de fables d'Esope! Ce qui n'est pas peu dire! C'est le cas de cette seconde version du Singe et du Renard où la morale peut sembler évidente et grossière.  Aussi bien chez Esope que chez Babrius, cette fable est très courte, très sèche. La version de Babrius est encore plus courte dans mes éditions que la version d'Esope. Cependant, il est clair que ces deux auteurs n'ont pas épuisé les possibilités de la fable, tout le potentiel narratif et philosophique de la fable. Avant de récrire une fable ancienne, je cherche à lire ou à relire plusieurs versions de cette fable ancienne, des versions anciennes, mais aussi des versions modernes quand elles existent. Il est bon de connaître plusieurs versions lorsqu'elles existent, certaines versions peuvent contenir des détails intéressants, absents d'autres versions. Dans le cas du Singe et Renard, je me suis contenté de lire les versions d'Esope et de Babrius, je n'ai pas mené de véritable travail de recherche, car je savais déjà très précisément où je voulais aller avec cette fable, ce que je voulais faire de cette fable. Ma version respecte le squelette de la fable ésopique, tout en l'enrichissant. Cette fable est écrite en vers libres classiques assouplis, et fait plus d'une page. Elle approfondit le sujet de la fable, elle donne une épaisseur psychologique aux deux protagonistes, et, bien sûr, elle précise et enjolive le décor en situant l'action dans un cimetière précis, au pied d'une tombe précise du cimetière du Montparnasse. Je ne vous en dis pas plus. 

Comment vous viennent à l'esprit les sujets de vos fables originales?

Il existe deux sortes de fables originales: celles que je pourrais écrire demain, et celles que je ne peux pas encore écrire faute de posséder tous les éléments permettant de se lancer dans l'aventure de leur écriture. Ces dernières se divisent en deux sortes: celles dont je possède l'intrigue et le sujet, mais où je ne possède pas encore le casting adéquat de personnages, et celles où, au contraire, j'ai envie de donner vie à une distribution précise de personnages sans posséder encore l'intrigue et le sujet. Tout le jeu consiste à être patient, à attendre que les choses se décantent d'elles-mêmes. Je possède donc une réserve de fables originales à écrire divisée en trois groupes: les fables dont je possède les intrigues et les personnages; les fables dont je possède les intrigues et les sujets, mais pas les personnages adéquats, pas le casting idéal; les fables dont je possède d'emblée les castings, mais pas les sujets adéquats. Les intrigues et les sujets viennent assez facilement à l'esprit, il est plus rare d'avoir le casting en premier. Quand je possède le casting en premier, c'est souvent pour une raison particulière précise comme dans le cas de la fable Les trois baudets cherchant à donner corps et substance aux trois baudets du fameux cabaret parisien. J'ai trouvé le sujet de cette fable assez récemment et c'est celle que je suis en train d'écrire en ce moment. Pareil pour L'âne et le paon: l'idée de mettre en scène un dialogue entre ces deux animaux m'habite depuis longtemps, car il m'a toujours semblé que ces deux créatures pouvaient dialoguer à distance sans téléphone tellement leurs cris sont puissants et voyagent au-dessus de nos têtes, mais c'est en voyant circuler une pétition au sujet de la grande roue de la place de la Concorde (ou du jardin des Tuileries) que le contenu même de ce dialogue m'est apparu au grand jour: l'âne au pelage gris, jaloux de la belle roue colorée du paon, demande au paon du jardin des Tuileries de cesser de faire la roue, et, bien sûr, le paon bleu lui répond vertement. Cette fable est intéressante car elle remet aussi en mémoire la fable du Geai paré des plumes du paon et la fable de L'âne vêtu de la peau du lion. Elle s'inscrit dans une certaine lignée! Parfois, certains sujets sont prodigués par l'observation directe des animaux ou de la nature. Quand c'est le cas, la nature est assez généreuse: elle fournit souvent en même temps le sujet et les personnages. Je dois ainsi aux chiens de mon voisinage trois idées de fables que je pourrais écrire demain si je voulais, mais comme je ne suis pas encore certain des endroits où elles s'inséreraient le mieux dans mes recueils, je n'essaie pas de les écrire pour l'instant, je les laisse de côté en réserve.      

Combien de fables originales vous reste-t-il à écrire?

Je possède un vivier d'une quarantaine de fables originales en attente d'écriture à l'heure où je vous parle. Je parle bien ici de fables originales sur lesquelles je n'ai pas encore travaillé du tout. Je ne vous parle pas des nombreuses ébauches, des nombreuses fables en attente de relecture et de finition de mes recueils 2 et 3. Les fables qui pourront être incluses dans le recueil 1 seront bien sûr écrites avant celles auxquelles conviendrait mieux une inclusion dans le recueil 2 ou 3. Il est donc parmi ces fables des fables qui devront patienter plusieurs années avant d'être écrites. Les thématiques, géographies et ambiances des différents livres des trois recueils jouent ici un rôle déterminant. Parfois, une fable pourrait être incluse en plusieurs endroits de l'ensemble. Ceci n'est pas indifférent, car le contenu même d'une fable, de certains vers d'une fable, peut être déterminé par le contenu du livre au sein duquel elle s'insère, et par le contenu des fables avoisinantes. Le sujet de la fable peut la rendre pertinente pour un livre, et son casting pertinente pour un autre livre. Le décor de la fable peut aussi jouer un rôle important selon que la fable se déroule en pleine nature, au bord d'une rivière, en lisière d'un bois, dans un pré, aux abords d'un village, dans une cour de ferme ou dans le parc d'un château. Cela dépend également du poids des différents livres, sachant que je ne veux pas dépasser la trentaine de fables par livre et qu'il est possible de concevoir des livres plus courts. Et je dois faire attention aussi aux contraintes liées à une certaine logique romanesque et psychologique puisque les personnages de mes fables formeront une petite société, puisque mes recueils 2 et 3 organiseront une certaine unité de lieu, de temps et d'action structurée autour de quelques fils conducteurs, unité qui se précise de livre en livre, et que commence à ébaucher le premier recueil. Unité de canton, de temps et d'action, devrais-je dire. Pour un recueil de fables, cette triple unité peut paraître très restrictive et très contraignante par rapport à ce que nous connaissons des recueils de fables, mais, dans les faits, elle sera assez lâche et assez souple puisque élargie aux dimensions d'un petit canton: le canton des Cascades. Il est des fables qu'un emplacement précis dans le recueil fait briller tout particulièrement et, dans ce cas de figure, le positionnement de la fable dans le livre ou dans le recueil s'impose de lui-même.  

D'autres changements par rapport au livre que vous projetiez de publier en début d'année 2017?

Oui, j'ai finalement réintroduit deux sonnets supplémentaires dans le livre 3, et j'ai décidé d'inclure mes deux pastiches de La Fontaine, La cigale et la fourmi, et Le corbeau et le renard, en tête du livre 1. J'ai compris que ces deux fables font maintenant tellement partie de l'imaginaire collectif qu'il est impossible, même sous forme rigolote de pastiche, de les inclure ailleurs dans le recueil: elles y jurent presque. Le recueil débute donc par ces deux pastiches de La Fontaine. En fait, je me suis amusé à pasticher l'ensemble du livre 1 de La Fontaine. Je pense que ces différents pastiches seront éparpillés à l'intérieur des trois recueils dans le même ordre que les fables du livre 1 de La Fontaine. La grenouille qui veut se faire plus vieille que le veuf sera par exemple incluse dans le livre neuf du recueil 1, soit dans le tome 3. J'ai remanié aussi les deux dédicaces. Pour le reste, la composition du tome 1 reste inchangée. J'ai surtout relu et fignolé des passages et des vers.

Pouvez-vous nous donner un exemple technique précis d'un vers qui vous a donné du fil à retordre?

Oui, si vous voulez. Vous savez, Delphine, que je suis à la base un poète de moyenne montagne, que cette montagne soit suédoise, jurassienne ou grecque. Mon imaginaire est baigné par les forêts, les prés, les combes, les vallées, les lacs, les rivières et les cascades. Il est dans mon livre 2 consacré à l'archipel de la Manche une fable, ou, plutôt, un poème ébauchant le portrait moral d'un cheval. Et dans cette fable décrivant de manière assez nerveuse le parcours de l'eau depuis le sommet d'une montagne inspirée et inspirante jusqu'à la mer, il est un alexandrin assez simple, qui est le suivant: Les bassins recadrent les envols des cascades. Et bien, figurez-vous qu'il ne fut pas facile de trouver le bon verbe de ce vers. Maintenant que le vers est fini, cela paraît simple et évident au lecteur comme à moi-même, le verbe recadrer fait l'affaire et merveille, mais dans les faits, ce ne fut pas simple de trouver ce verbe.  

Pourquoi?

Tout simplement parce que le verbe recadrer ne fait pas immédiatement partie des verbes auxquels on songe lorsqu'on cherche à décrire une cascade. Au début, le vers était le suivant: Les bassins recueillent les envols des cascades. Mais ce vers ne me satisfaisait pas pour diverses raisons imputables au seul verbe recueillir: le verbe recueillir était trop banal, trop attendu dans ce passage; sa sonorité ne convenait pas, elle faisait tomber à plat le vers d'un point de vue rythmique et musical; ce mot manquait de nerf, ce verbe n'exprimait pas l'idée de rebond et de redirection de l'eau. J'ai donc cherché un verbe qui puisse exprimer à la fois l'idée de réception de l'eau chutant du haut de la cascade et l'idée de redirection de cette eau une fois celle-ci amortie par le bassin, recueillie dans le bassin. Redirection de l'eau qui est souvent opérée par le bassin lui-même. Or, la langue française ne possède pas de verbe exprimant ces deux idées en un seul mot. Un seul verbe existe vraiment pour exprimer l'idée de redirection: le verbe réorienter. Ce verbe ne convenait pas pour diverses raisons. Il est notamment trop long pour ce vers, et sa longueur serpentine de quatre syllabes qui peut faire merveille dans d'autres contextes ne convenait pas ici dans un contexte montagneux où le torrent peut dévier légèrement sa course, notamment grâce aux chutes et aux bassins de réception, mais sans subir d'inflexions radicales par le biais de courbes ou de méandres. Le verbe réorienter suggère une redirection purement horizontale plutôt qu'une redirection à la fois verticale et horizontale. J'ai pensé au verbe cueillir. Une chute d'eau peut être recueillie par un bassin, ou cueillie en vol, pourquoi pas? comme on cueille un fruit lourd à la branche de l'arbre. J'ai donc pensé à la création du verbe décueillir, mais, fondamentalement, la sonorité du verbe cueillir ne convenait pas, et le verbe décueillir me fait plutôt penser à une cueillette manquée! Ou, pourquoi pas? à une cueillette maladroite et grossière où on cueille le fruit sans la queue du fruit! Cela arrive parfois pendant la cueillette des cerises quand on veut aller trop vite ou quand on cueille à bout de bras. Les verbes déborder et dégueuler ne convenaient pas non plus. Ces deux verbes n'expriment pas l'idée de redirection de l'eau. Le bassin de réception déborde pour que la rivière suive son cours entre les rochers et les cailloux, mais l'idée d'une redirection du courant et d'une inflexion de la trajectoire n'est pas incluse dans le verbe. On peut employer le verbe dégueuler dans certains cas, notamment quand il pleut beaucoup, et quand les sources crachent beaucoup d'eau. Les verbes cracher, dégueuler, pisser, font alors merveille. Mais l'idée de redirection n'est pas incluse non plus. Et, dans le cas présent de ce poème et de ce vers, cela ne convenait pas: si la présence du torrent anime le sommet du poème, l'idée de pluie torrentielle, elle, est tout à fait étrangère au poème. J'étais donc dans une impasse. Il me fallait un verbe court et nerveux de trois syllabes à connotation hydraulique qui n'existe pas dans la langue française. C'est alors que je suis tombé sur le verbe recadrer au cours d'une banale lecture, et c'est là que j'ai compris que c'était le verbe que je cherchais: le verbe qui dans le cas présent peut faire l'affaire par défaut tout comme le verbe redresser. Ces deux verbes peuvent faire l'affaire: on s'écarte du champ sémantique aquatique, mais l'idée d'une action de recadrage du flot et de réorientation du flux est bien présente et incluse. Ils ont pour eux de créer un effet d'étrangeté bienvenu dans le vers. On n'est pas habitué à les voir et à les entendre dans ce contexte précis. Entre ces deux verbes, le choix n'est pas facile, car les deux verbes sonnent juste à l'oreille. Le verbe redresser fait allitération avec les bassins, et le verbe recadrer (conjugué) fait allitération et même assonance avec les cascades. Ces deux verbes sont pareillement énergiques, secs et nerveux. J'ai opté pour le verbe recadrer au final à cause de la notion de cadre, à cause de la dimension picturale de ce verbe. Je ne sais pas si Courbet recadrait ses cascades et ses rochers lorsqu'ils les peignaient, mais, en tout cas, il les forçait à entrer dans un cadre! Voilà un petit exemple concret de difficulté rencontrée et surmontée. Encore une fois, cela paraît simple et facile quand on a le vers final sous les yeux, mais, dans les faits, cela ne l'est pas, cela ne vient pas tout de suite à l'esprit. Longtemps, je me suis contenté du verbe recueillir faute de mieux, puis, un beau jour, je me suis dit quand même qu'il faudrait essayer de trouver mieux, qu'il devait exister mieux. Il y a une multitude de difficultés de ce genre à gérer et à surmonter au quotidien.   

L'écriture d'un recueil de fables, est-ce un exercice de recadrage poétique et moral?

J'étais sûr qu'en prenant cet exemple vous tenteriez de m'entraîner sur ce terrain. Je n'ai pas choisi cet exemple afin que vous m'encouragiez à aborder ce point. J'ai choisi cet exemple car c'est un exemple récent qui m'a beaucoup marqué, non pas tant à cause du verbe recadrer lui-même qu'à cause du contexte géologique, hydraulique et paysager du vers. Je ne fais pas partie de ces petits poètes qui essaient de faire croire que la langue n'est pas assez riche pour exprimer leurs sentiments, qui répètent à longueur de journée que la langue est terne et usée, voire infirme. Mais c'est vrai que dans le cas présent, j'ai touché aux limites de la langue. La langue française n'a pas de mot, de verbe pour exprimer ce caractère actif et dynamique du bassin de réception: cette transformation de la chute d'eau verticale en courant horizontal, voire en courant horizontal dévié par le bassin de réception, en courant qui repart légèrement dévié par rapport à la chute ou par rapport au cours de la rivière situé en amont de la chute. Je suis très sensible à cela car je connais la cascade du gour de Conche. Le gour de Conche, qui a été peint par Courbet, et qui est une petite chute d'eau du massif jurassien, semble avoir été créé par la nature pour matérialiser cette idée d'une direction nouvelle donnée à la rivière par une espèce de cascade charnière: le changement de direction de la rivière s'opère à l'intérieur même de la chute grâce à un petit bassin de réception intermédiaire divisant en fait la cascade en deux petites chutes dont la seconde est désaxée par rapport à la première (voir photos du gour de Conche). Dans le cas du vers présent, je vous mets au défi de faire meilleur usage du verbe recadrer dans un alexandrin! Les verbes cadrer, encadrer et recadrer ne sont pas a priori des verbes très sympathiques et poétiques. On cadre le tir, il y a ceux qu'on ne peut pas encadrer, et on recadre quelqu'un ou un groupe d'individus. Tout cela n'est pas très propice aux envolées lyriques!

Je suppose que vous consacrerez votre été au bouclage de ce tome 1. Cette fois, vous ne vous laisserez pas distraire par les petits neveux, par les chats, par les poètes suédois, par la naissance de Vénus et par les jeux olympiques...

Oui, en effet. J'ai décidé de ne rien faire d'autre cet été. Je reste concentré sur les fables. Je ne serai distrait par aucun poème et par aucun avant-propos. Ce tome 1 sera publié avant la fin de l'année 2017 ou au début de l'année 2018. Je travaille actuellement sur la fable des Trois baudets, puis, celle-ci terminée, je devrai relire encore une fois une longue pièce en prose du livre 3 consacrée à la vallée de l'Automne dans l'Oise. Ces deux pièces achevées, ce tome 1 sera terminé, et je pourrai plonger dans le rafraîchissant bouillon du tome 2.