Le renard de Fumel

Combien de renards lâchement tués par balle

Pour un seul renard de Fumel?

C’est là pour nos amis goupils un sort cruel

Que je ne souhaiterais pas même aux Vandales.  

 

Certes, il est joli et tout beau

Sur la terrasse du château 

Qui domine le Lot, qui rejoint la Garonne;  

Il peut savourer sa chance et bicher son lot. 

Mais peut-il sentir frissonner sa peau  

Quand revient le vent de l’automne?

Certes, auprès de la fontaine aux palmiers,

Ne viendront plus l’ennuyer des limiers; 

Il a devant lui des topiaires

Et le jardinier chef est devenu son frère.

Non, lui ne rêve pas d’être volant,

Éloquent ou méconnaissable,   

Au petit théâtre de verdure parlant; 

Ou de fureter dans les sables

En quête d’un gueuleton mémorable:

Sous son museau, chaque week-end, très élégants,

Passent des mercures galants,

Sous l’œil d’un photographe aimable

Qui garde l’oreille collée à son portable.

Et cette niche qui lui sert d’abri,

Qui surplombe joliment quelques buis,

L’homme l’a creusée exprès pour lui!

Le renard de Fumel est vraiment chou, merci!

Il scrute et étudie de près la galerie;  

Au-delà: Bonaguil et sa chevalerie!

Si, un jour, vous en avez l’occasion, 

Prenez la peine de flâner au baladoire,

Vous croiserez peut-être un hérisson!  

Avec un peu de chance et d’imagination,

S’ouvrira devant vous le val de la Lidoire!

Cependant, et ce détail n’est pas dérisoire,

L’artiste l’a sculpté sur ses gardes, surpris,

Car quelque chose qui s’agite

Dans la direction du puits,

Quelque chose de visiblement insolite,

Semble capter toute son attention.

Oreilles dressées et pupilles dilatées,

Figé sur son socle, riche de sa vision, 

Plutôt qu’Antée, je lui souhaite Galatée

Pendue au bras de Pygmalion.

Ou une conversation entre deux rois lions.

Je soupçonne que ce monument à sa gloire,

Qui ne célèbre pas l’art oratoire,

Fut cependant voulu par des maîtres anciens;

Croyez-en le renard de Fumel sur ce point:  

Fabulistes et rois lui doivent des hommages

Car il parle juste ou choisit le badinage. 

Un conseil encore si vous allez le voir:  

Promenez-vous sur cette terrasse à l’écart

Des chasseurs; je ne connais que trop ces lascars: 

Ces tueurs d’élite vous diront sans retard

Qu’un renard mort n’a plus besoin de son pelage

Et que les burins ne répandent pas la rage.

 

L’élite n’est pas toujours là où l’homme croit.    

Ce mot est très, très, très, très galvaudé, ma foi.

Homme, il n’y a qu’un seul grand nuisible sur terre: 

L’homo débilis et cynicus délétère.