Winston Churchill le prétendit:
De tous les régimes politiques,
Le moins mauvais, le moins maudit,
C’est le démocratique.
Cela est vrai à condition
Que la démocratie soit véritable,
Non pas une sinistre mascarade
Huilée avec soin, précision.
Et que vaut-il mieux à la réflexion:
Une république ou bien une monarchie?
Gageons que sur ce dernier point,
Tout dépend du talent et du génie
Du souverain: s’il a bon cœur et bonhomie,
Sera faite la moitié du chemin
Pour éviter la tyrannie.
Si un roi ou un tyran peut être éclairé,
Un président élu, lui, peut être taré.
Pion d'une oligarchie crétine et absolue.
Suppôt d’une ploutocratie très malvenue.
La bonne cité d’Athènes a tout connu
Et tout enfanté en son sein: quelques élus,
Et une brochette de tyrans bénévoles.
Parmi ces derniers bougres qui firent école,
Dont certains étaient des olibrius,
On trouve deux Démétrius:
Le premier gouvernait au nom de Cassandre.
Démétrius de Phalère était son surnom.
Il resta fidèle au souvenir d'Alexandre.
Aux Ptolémées. Et le comparer au second
Nous entraînerait dans des méandres trop longs.
Parmi les Athéniens, le poète Ménandre,
Aimé de Plutarque, de Plaute et de César,
Tenait la colline des Muses dans Athènes
(Pâlissent à côté palais et alcazars)
Et n'était pas moins respecté que Démosthène.
Ménandre fut notamment le conscrit,
Le contemporain et l'ami
Du philosophe Epicure.
Une telle amitié procure
Quelque avantage dans la vie (et l'embellit).
Autre influence qui ne fut en rien néfaste:
Ménandre fut le disciple de Théophraste,
Successeur d'Aristote au Lycée. C'est admis:
Ses comédies influencèrent La Bruyère
Pour l’écriture de ses fameux Caractères
(Malgré leur état fragmentaire et dégarni).
Et on lui doit Le Misanthrope de Molière.
Il influença aussi Goethe et Goldoni.
Démétrius de Phalère,
En cela pareil à beaucoup,
Fut impressionné par Le Bourru avant tout,
Et rangeait peut-être Ménandre après Homère.
Célèbre surtout comme curateur
Des possessions d'Aristote et comme orateur,
Il était plus âgé, n'avait pas le même âge
Que Ménandre; mais selon un antique usage,
Tous les deux avaient eu le même professeur:
Théophraste, dont Démétrius gouverneur
Devint aussi le protecteur.
Bien que n'étant pas deux copains perdus de vue,
Les voilà qui se croisent un jour dans la rue.
Le poète marchait d’un pas déterminé
Dans une ample robe
En exhalant le doux parfum de l’épilobe,
Visiblement fier d’être efféminé.
Démétrius, accompagné
De ses gardes, ne reconnut pas le poète,
Qu’il ne connaissait que de nom.
Aussi, à la vue de l’esthète,
Il s’emporta, le traitant de mignon:
"Qui est donc cet homme impudique
Qui ose étaler tant de vice sous mes yeux?
Il ose venir dans ma direction, le gueux!
Gardes, arrêtez-le, et qu’il s’explique.
De l’entendre, je suis curieux."
Un flatteur de son entourage
Lui révéla l’identité du personnage
Car tout cela risquait de mal finir:
"Démétrius, cet homme, c'est Ménandre,
L'auteur que vous aimez entendre,
Et qui vous procure tant de plaisir.
– Le rencontrer a toujours été mon désir
Le plus cher! Le plus tendre!
Le plus vif! Nous devons nous rendre!
Allons vite le saluer!
Gardes, baissez vos armes!
S'écria le tyran ému et remué,
Conquis depuis longtemps, désormais sous le charme.
Je n’y vois pour ma part aucun inconvénient:
Pareil homme peut bien flâner comme une femme.
Il est de la cité le meilleur ingrédient.
Ses premières pièces l'escortent, le précèdent!
Hors d’Athènes, les bois et les pinèdes
Sont annoncés par les cigales et leurs chants."
Ils devinrent bons camarades sur-le-champ.
A pareil gouverneur, je peux faire la bise:
Sa libéralité, je la trouve de mise.
Philosophe et ami des arts,
Démétrios fut aussi sur le tard
L'un des fondateurs de la grande
Bibliothèque d'Alexandrie. Que demande
Le peuple? Des fables! Pas de la propagande!
Démétrios composa le premier recueil
De fables ésopiques de la Grèce ancienne!
Dans nos mémoires grandes ou lilliputiennes,
Nous devons donc lui réserver un bon accueil.
